L'entrée était libre et gratuite !

Le rendez-vous avait été fixé au 25 mai à 9h pour réunir physiquement, pour la toute première fois, la communauté de Lilie, ou plutôt de l'ENT libre dont Lilie a été la première déclinaison et auquel il va bien falloir trouver un nom (ENTLib' entend-on parfois murmurer...).
Pour ces premières retrouvailles, les différents acteurs de la communauté de l'ENT libre (collectivités territoriales, éditeurs, contributeurs, partenaires, passionnés, etc.) n'ont pas boudé le plaisir de la rencontre et se sont pressés entre les murs de la Cantine, le lieu parisien choisi pour l'événement.


C'est d'abord la Région Île-de-France, hôte de la réunion, qui prend place sur l'estrade, devant un public nombreux et attentif.
La Cantine fait salle comble. Les chaises installées devant l'écran sont tassées au maximum mais ne permettent pas d'accueillir la moitié de l'audience. D'emblée, Jean-Baptiste Roger, Martine May-Godard, puis Jean Bravin prennent la parole pour rappeler les grandes dates du projet, depuis ses débuts en 2003, jusqu'à la notification du marché en octobre 2009. Surtout, ils insistent sur les progrès réalisés depuis 18 mois et sur l'objectif de la réunion du jour : trouver un modèle de gouvernance pour l'ENT libre.
Sandrine Dangreville et Rémy Tambaud ajoutent quelques détails techniques, notamment sur la publication des sources et la rédaction de la documentation. Jusqu'en mars dernier, il fallait attendre 3 mois après la mise en production d'une nouvelle version pour que le code soit publié sur l'ADULLACT, le délai a été réduit à 2 mois pour la version 1.4.9 ; puis à 15 jours pour la 1.4.20.
C'est mieux mais le meilleur est à venir puisque la RC (Release Candidate) de la version 1.5.0 a été publiée le 22 mai, soit 45 jours avant sa mise en production, prévue pour le 17 juin, au terme d'un processus de test en deux itérations particulièrement soigné. Quant à la documentation, elle a été complétement refondue.
Télécharger le document projeté au cours de la réunion : 18 mois de progrès
Pascal Ribaud, directeur du service éducation et jeunesse du Conseil général de la Seine-Saint-Denis et François Saule, directeur des services informatiques du Conseil régional du Limousin se sont ensuite succédés sur l'estrade pour un rapide retour d'expérience, le premier autour de Celi@, la jeune sœur de Lilie, l'autre autour d'Elie, le petit dernier de la fratrie.

Pascal Ribaud rappelle que dans le cadre de la Seine-Saint-Denis, l'ENT est un enjeu social. Il doit assurer sa mission même dans un contexte de multilinguisme ou lorsque les TICE ne sont pas maîtrisées. Surtout, face à une certaine défiance envers le politique, il insiste lourdement sur l'importance de la qualité de service à pour que les promesses faites soient tenues à et déplore des temps de réponse variables et certaines faiblesses techniques.

François Saule quant à lui expose le cas de la région Limousin dont l'engagement envers le libre est historique et qui, sans doute en raison de ses moyens limités, a toujours poussé à rechercher des projets de collaboration interrégionaux. Il explique que la solution de l'ENT libre a été choisie à l'aide d'un benchmark et d'une grille de critères dont elle est sortie première sur le plan fonctionnel : certaines solutions étaient certes plus riches mais elles étaient aussi bien plus chères.
Il précise également que le projet limousin s'est voulu rapide et pragmatique : démarrage début 2011, fin du déploiement prévu pour septembre 2012 ; gros budget alloué à l'accompagnement du changement, et volonté d'interfaçage d'Elie avec les services de la collectivité (parc informatique, transports et restauration scolaires).

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L'audience se partage ensuite en deux parts (très inégales). Tandis que quelques « happy few » montent dans une petite salle de réunion pour discuter de « la forge », le gros du bataillon attend avec impatience la présentation fonctionnelle dédiée au futur de l'ENT libre.
Marie-Pierre Lepeltier (Logica) présente d'abord la manière dont l'ENT libre évolue, à partir de l'exemple de la version 1.4.20, une évolution de la solution mise en production au mois de mars 2011 qui rassemble pas moins de 62 corrections d'anomalies et 68 évolutions mineures directement issues des demandes d'utilisateurs.

Deux versions, chacune apportant son lot d'améliorations, sont d'ores et déjà planifiées : la 1.5 en juin, et la 1.6 en janvier prochain. Ci-dessous les principales améliorations fonctionnelles attendues :
Version 1.5 (juin 2011)
Version 1.6 (début 2012)
Marie-Pierre Lepeltier insiste sur l'organisation de la mise en production de la version 1.5, qui est déjà testée dans quelques établissements et sera mise en production en juin, après deux phases d'itération (tests / correction) afin d'obtenir la meilleure stabilité possible.

Au-delà de ces deux versions déjà planifiées, les attentes des utilisateurs sont très fortes, notamment autour du cahier de textes, de la console d'administration, du module d'amélioration de ressources, de la messagerie, de la gestion des droits et de l'agenda.
D'ailleurs, un audit ergonomique est en cours, afin d'améliorer la circulation dans les différents services. Quant à la messagerie, elle fait l'objet d'un débat, puisqu'il s'agit de déterminer si elle doit être améliorée en conservant ses limitations d'origine (s'il n'est pas possible d'attacher une pièce jointe à un message, c'est justement pour inciter les utilisateurs à s'emparer des fonctions de collaboration de l'ENT), si elle doit être supprimée et remplacée par une brique libre existant par ailleurs.

Au cœur de toutes ces améliorations : la mutualisation. Il s'agit de créer petit à petit un ENT libre aussi modulaire que possible, de manière à ce que chaque collectivité puisse bâtir sa solution à partir des briques qui sont les mieux adaptées à SON projet. Les améliorations fonctionnelles apportées petit à petit autour du socle de l'ENT libre sont réclamées par différentes collectivités territoriales, soit au moyen de leur cahier des charges, soit via les demandes remontées par les administrateurs locaux. Mais comment bien gérer la mutualisation de tous les travaux réalisés ? Très prosaïquement, qui doit payer pour le développement ? Pour la maintenance ? Comment bien gérer un module demandé par une Région spécifiquement, puis repris par deux autres ? Toutes ces questions, qui touchent au financement du libre mais aussi aux différentes options de propriété intellectuelle qui y sont associées, sont essentielles à la bonne gouvernance du projet, et doivent être traitées par les collectivités territoriales réunies l'après-midi même. On leur souhaite de trouver une solution à la mesure de l'ambition du projet !
Dans l'assistance, quelques mains se lèvent pour des questions, notamment sur l'emploi du temps dont les fonctionnalités sont trop limitées pour refléter ce qui se passe réellement dans l'établissement. Il arrive fréquemment par exemple que sur l'horaire prévu selon le cahier de textes pour telle discipline, on puisse prévoir un regroupement de classe avec la présence d'un intervenant extérieur. Il faudrait un véritable agenda, couplé avec les outils utilisés par les établissements pour éviter toute double saisie. Sur cette question, comme sur d'autres, des réponses existent mais la mise en œuvre de solutions efficaces pose problème, soit parce que les données personnelles des élèves, des parents ou des personnels doivent être d'abord mieux protégées, soit parce que les interfaçages sont particulièrement complexes... Que ce soit du côté des collectivités, des intégrateurs ou même du ministère, on y travaille !
Télécharger le document support de l'atelier fonctionnel - partie Logica (pdf)

C'est au tour de Steve Peguet (Atos) de rejoindre l'estrade pour apporter sa contribution. Il expose sa vision de l'ENT, qui s'appuie sur déjà plusieurs années d'expérience en e-éducation, en France, mais surtout ailleurs dans le monde.
Il insiste sur la dimension pédagogique de l'ENT, qui lui semble encore sous-utilisée et sous-équipée, et à laquelle il aimerait qu'Atos puisse apporter son expertise. Il attire également l'attention de l'audience sur l'intérêt qu'il porte aux solutions Open Source déjà développées, et sur la possibilité de leur apporter la « couche métier » qui leur manque et de les intégrer dans l'ENT. L'exemple le plus immédiat est celui de la messagerie, pour laquelle Zimbra apparaît comme un candidat idéal : bien développé, parfaitement Open Source, s'appuyant sur une large communauté de développeurs.

La « road map » qu'il présente s'appuie donc sur les logiciels libres du marché, parmi lesquels il serait possible de choisir ceux qui respectent le mieux les normes et les standards du secteur, et qui semblent bien adaptés aux besoins de l'ENT : Zimbra pour la messagerie, Alfresco pour le travail collaboratif et la gestion de contenus, openLDAP pour l'annuaire LibraryFind pour la recherche fédérée et les ressources numériques, Moodle pour la création de ressources, etc.

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Pour finir cette matinée très riche en échanges, Vincent Olivier, du Web Pédagogique rejoint la scène. Le Web pédagogique, c'est une communauté née il y a cinq ans, très active depuis deux ans, rassemblant 23 000 enseignants qui se sont saisis d'un outil simple, le blog, et ont contribué à hauteur de 300 000 pages de contenus. La progression est rapide, avec 30 à 50 blogs créés spontanément, sans aucune pression de qui que ce soit, chaque jour, ce qui correspond à l'équivalent de l'effectif des enseignants d'un collège tous les deux jours !

L'audience, elle aussi, est en croissance. Elle est essentiellement composée des élèves des enseignants blogueurs et de leurs parents, avec une stabilité au cours de l'année scolaire, un creux pendant les vacances et un pic au moment des examens de fin d'année, assez classiquement.
Vincent Olivier précise que ce succès a été atteint de façon relativement simple : choix d'un CMS libre grand public bien établi (en l'occurrence WordPress), choix d'une licence correspondante pour les contenus (Creative Commons), habillage de la plateforme de blogs pour mieux s'adapter aux usages enseignants (modèles adaptés, inscription des élèves, modération), et surtout... animation de la communauté.
Martine May-Godard reprend la parole : tant de passion a provoqué un retard important : le temps manque pour les présentations de la dernière partie de la rencontre. Tant pis : c'est l'heure du buffet, avant que les représentants des collectivités territoriales (Ile-de-France, Seine-Saint-Denis, Limousin, Val d'Oise, Essonne, Seine et Marne, Rhône-Alpes, Paris, PACA, Bourgogne, Picardie, Val de Marne, pardon pour ceux que nous oublions...) ne rejoignent, à 14h, la réunion dédiée à la gouvernance qui leur est réservée. C'est promis, on recommencera. Avant novembre !
Compte rendu : Nathalie Colombier
Photos : Gilles Bassignac